Dimanche 18 mai 2008: manifestation nationale à Paris
Samedi 24 mai 2008: opération "écoles désertes"
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OPERATION VERITE
sur le service public d'éducation en Seine Saint-Denis
Bourse départementale du travail de Bobigny,
1 Place de la Libération – 93000 Bobigny,
Le vendredi 11 avril à 20 heures
Bobigny, le 8 avril 2008
Le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos, venu lundi matin constater la mise en place des stages de remise à niveau durant les vacances dans deux écoles primaires de Marseille, a été accueilli par une cinquantaine de manifestants.
Rassemblés à l'appel du Snuipp-FSU et du Snes-FSU, les manifestants ont dénoncé les suppressions de postes dans le secondaire à la rentrée prochaine, dont 345 pour l'académie d'Aix-Marseille, selon Alain Barlatier, membre du bureau départemental de la FSU.
Aux cris de "Darcos, rends-nous nos postes" et sous une pancarte "non à la surpopulation des classes", les enseignants ont réclamé "de vrais moyens, pas de fausse solution".
Dans le primaire, si aucune suppression de poste n'est envisagée, "seul un poste d'enseignant est ouvert pour 50 nouveaux élèves", a ajouté M. Barlatier, qui s'inquiète "du démantèlement du système scolaire (...) qui n'est plus une priorité depuis des années".
"Ce ne sont pas quelques heures de soutien pendant les vacances scolaires qui vont changer l'échec scolaire", a jugé M. Barlatier, dénonçant une "opération de pure démagogie".
M. Darcos, arrivé en voiture et qui n'a pas croisé les manifestants tenus à distance par un important déploiement policier, a estimé que "pour faire de la justice sociale, il fallait mettre les professeurs là où on en a besoin".
Le système éducatif français "est extrêmement généreux", a-t-il ajouté lors d'un point presse, se félicitant d'offrir "du soutien scolaire gratuit à tous les enfants qui le souhaitent".
A Marseille, où les vacances de Pâques ont débuté lundi, 128 écoles primaires sur 231 ont mis en place des stages de remise à niveau. 2.460 élèves doivent suivre ces cours durant une semaine, encadrés par 435 enseignants.
A partir de lundi, et pendant toutes les vacances de Pâques, des élèves de CM1-CM2 vont bénéficier de "stages de remise à niveau" proposés par l'Education nationale, un précédent contesté par la majorité des syndicats et la principale fédération de parents d'élèves.
Il s'agit de la première application du dispositif visant à lutter contre l'échec à l'Ecole primaire décidé par le ministre de l'Education Xavier Darcos, les autres mesures (suppression du samedi matin et soutien scolaire aux plus défavorisés, nouveaux programmes) devant intervenir à la rentrée.
Ces stages d'une semaine (la première des vacances), gratuits, regrouperont cinq à six élèves et comporteront, sur cinq jours, trois heures d'enseignement quotidien en mathématiques et en français.
A l'issue de la semaine, l'enseignant devra effectuer une évaluation des progrès de l'élève et la communiquer à la famille et à l'instituteur.
Les enseignants volontaires, pas forcément des professeurs de cours moyen, seront rémunérés en heures supplémentaires nouvelle formule, soit 360 euros défiscalisés pour une semaine. Ces stages seront aussi proposés au début et à la fin des grandes vacances.
Selon le ministère, dans la zone B (en vacances depuis ce samedi), près de 40.000 élèves, sur 480.000 élèves de CM1-CM2 de ces huit académies, sont inscrits, encadrés par près de 8.000 enseignants volontaires, ce qui est, selon lui, "un succès".
Les trois principaux syndicats du primaire (Snuipp-FSU, SE-Unsa et Sgen-CFDT) se sont montrés très sceptiques sur l'efficacité du dispositif. Pour eux, le traitement de l'échec scolaire ne doit pas se faire en dehors du temps scolaire, en ajoutant encore des heures de cours, mais pendant les heures de classes, faute de quoi on risque un "trop-plein".
"On rajoute de l'eau à la plante, sans même se poser la question de savoir si elle va se noyer", résume Luc Bérille (SE-Unsa).
En outre les "enfants concernés par les stages" risquent "d'être stigmatisés" et de vivre le stage comme "une punition", estime la FCPE, principale fédération de parents d'élèves du public.
Pour François Testu, spécialiste des rythmes scolaires, "on marche sur la tête". "Les élèves en difficulté sont souvent ceux qui se fatiguent le plus et ont le plus besoin de vacances. D'un point de vue biologique, physique et psychologique, ces deux semaines de vacances sont indispensables !", affirme-t-il.
Nombre d'acteurs dénoncent aussi une organisation "précipitée et improvisée" du dispositif. Selon la FCPE, des municipalités "ont été prévenues tardivement pour la mise à disposition des locaux" et le financement des fournitures et des outils pédagogiques, l'accueil des enfants, les transports" n'ont "pas été prévus".
A Toulouse (où les congés débutent le 12 avril), le nouveau député-maire PS Pierre Cohen, n'ouvrira pas les écoles de sa ville pour accueillir les stages, estimant la mesure "précipitée".
Parmi les partisans du dispositif, Jean Claude Halter, président du SNE-CSEN (minoritaire, classé à droite) affirme que "ce stage peut permettre à certains élèves de combler quelques lacunes, notamment ceux dont les parents n'ont pas les moyens de payer des cours particuliers privés".
A la Peep, (2ème chez les parents d'élèves), on se félicite que "le service public aide les élèves qui ont le plus de difficultés", on assure que "les parents sont très contents" et que "les élèves auront chaque jour une demi-journée pour se détendre".
AFP 7 avril 2008
Des enseignants à la retraite pour remplacer les professeurs du primaire
absents. C’est la solution retenue par l’académie d’Ille-et-Vilaine pour contenter les parents d’élèves du département, inquiétés par la recrudescence des absences non remplacées dans les écoles
publiques.
Un potentiel de remplacement inférieur aux départs en congés
"Il y a eu cette année une augmentation de 30% des congés maladies et de 40% des congés maternités, par rapport à l'année dernière. Cette croissance est plus importante que le potentiel de
remplacement. Alors, nous avons lancé un appel aux retraités de ces trois dernières années", justifie l'inspecteur d’académie Jean-Charles Huchet.
En association avec le recteur d’académie, il dit avoir "cherché une réponse simple et pragmatique" au problème de manque de personnel dans les écoles du département. Près de 300 courriers
auraient été envoyés aux professeurs récemment partis à la retraite.
Selon l’académie, les retraités volontaires pourront effectuer des remplacements au maximum 200 heures dans l’année. La lettre qui leur a été envoyée précise que cette activité est désormais
compatible avec la fonction de retraité de la fonction publique.
Le principal syndicat du primaire discute la gestion de l'académie
Le principal syndicat du primaire, le SnuIPP (Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des Ecoles et d'enseignement général de collège), a jugé "choquante" cette décision de
l'académie. "Surtout quand on se bat pour le recrutement" a précisé Evelyne Forcioli, secrétaire départementale du SnuIPP. L'Education nationale "propose aux enseignants retraités de faire des
vacations alors qu'un fonctionnaire sur deux, parti à la retraite, n'est pas remplacé. C'est contradictoire", précise-t-elle. "Les jeunes recrutés font des enfants. C'est une situation qui était
prévisible et qui révèle la mauvaise gestion de l'académie", estime-t-elle par ailleurs.
Le quotidien Ouest-France a recueilli les réactions des potentielles recrues. Parmi les enseignants à la retraite qui ont reçu l'appel de l’académie, certains se disent "indignés" et regrettent
cette solution qui nuit à l’embauche de jeunes professeurs. Une ancienne institutrice pointe également le fait que les professeurs, recrutés par l'académie pour leur "expertise", ont parfois
"coupé" avec les nouveaux programmes et peuvent en conséquence "ne plus être aptes".
LEXPRESS le 1er avril 2008
420 instituteurs retraités invités à reprendre le travail (Ille-et-Vilaine)
« On croirait presque un poisson d’avril. Alors que le gouvernement s’apprête à supprimer un poste de fonctionnaire qui part en retraite sur deux, l’inspection académique d’Ille-et-Vilaine a décidé de faire appel à des retraités pour palier un manque d’effectifs dans les écoles primaires du département. Selon l’inspection académique d’Ille-et-Vilaine, cette décision a été motivée par une augmentation inhabituelle des congés maternités (+ 40 %) et des congés maladies (+ 30 %) par rapport à l’année dernière. Une lettre proposant des vacations a donc été adressée à 420 enseignants retraités de moins de 60 ans dans le département.
“Cette décision est scandaleuse et aberrante, s’insurge le syndicat des instituteurs et professeurs des écoles (SNUIPP). Dans la mesure où les nouveaux enseignants sont en majorité des jeunes femmes, ce problème de remplacements était prévisible et résulte d’une mauvaise gestion du personnel. Dans le même temps, alors qu’il y a dix-huit postes vacants dans le département, il n’y a plus de recrutements depuis décembre. On est seulement dans une logique comptable, plus dans une logique de service public”.
Pour 576 élèves supplémentaires prévus en écoles primaires l’année prochaine en Ille-et-Vilaine, douze postes seulement doivent être créés, indique également le syndicat. »
Libération 1er avril
Une exposition pour confronter le regard des créatifs et ses enfants
Une exposition dont l’objectif est de confronter l’image qu’enfants et créatifs se font respectivement du loup est en préparation. A cette fin, Les Vinaigrettes* proposent aux enfants de 6 à 11 ans de lui envoyer le portrait du loup tel qu’ils l’imaginent.
Au talent des illustrateurs, des graphistes et des conteurs s’ajoute depuis quelques années le travail de créateurs pour enfants comme Sylvie Paitry (On chuchote à mon oreille), de Stéphanie Dick (Deglingos), d’Anne Lelong et de Ferdinand Lecomte (T’es fou louloup) ou d’Anne-Marie Schwartz (Pouce et compagnie). Les enfants n’ont pas peur d’avoir ces loup SOUS leur lit mais les mettent DEDANS pour des câlins complices !
Se pourrait-il qu’en dehors du plaisir du frisson ou pour se construire à travers les contes le loup ne fasse plus peur aux enfants ?
Un challenge proposé aux enfants de 6 à 11 ans
Toutes les techniques sont permises : feutres, peinture, collage... Un seul format : A4. Date limite de remise : 22 avril 2008 (report par rapport à la date indiquée sur le flyer). Déposez-les à la boutique Zigouzis ou postez-les à « Association les Vinaigrettes », 49 rue des Vinaigriers, 75010 Paris.
Une exposition** pour confronter le regard des créatifs et des enfants
Une exposition publique permettra aux visiteurs de vérifier si l’image que les enfants se font du loup est en adéquation avec l’imaginaire des illustrateurs, des dessinateurs, des conteurs et des créateurs.
Dessins d’enfants et oeuvres de créatifs (doudous, livres et albums, illustrations...) se mêleront joyeusement à cette fin autour de panneaux présentant le loup... dans toute sa réalité.
Cette exposition pourra se déplacer gratuitement à la demande au sein d’écoles les lundis (toute la journée) et samedis matin de la seconde quinzaine de mai et de tout le mois de juin. N’hésitez pas à en faire la demande*** dès à présent !
* Association des créateurs, artisans, artistes et professionnels de la rue des Vinaigriers
** L’affiche, la date et le dossier vous seront envoyés ultérieurement
*** e-mail : ruedesvinaigriers@laposte.net - Téléphone : 01 53 26 09 86
Refus d'ouvrir 94 classes en élémentaire et maternelle « au dessus des seuils », fermetures de 47 classes sans raison valable, 23 milliards d'euros pour faire classe pendant les vacances et faire taire les revendications salariales… Coupes sombres dans les collèges et les lycées avec la suppression de près de 400 postes dans le département, multiplication des heures supplémentaires, réforme dans la précipitation et sans concertations de la voie professionnelle, abandon de l'université avec l'application de la loi LRU…
Les conséquences se traduiraient, si nous ne nous mobilisons pas, par un véritable apartheid social dans des départements comme le notre : on donne de moins en moins aux enfants des milieux populaires, on organise la mise en concurrence et la sélection par la privatisation.
L'école républicaine est en danger. En 2006, à l'appel de la FCPE, des organisations syndicales et des forces progressistes avaient répondu
présent pour « redonner l'espoir » aux jeunes de Seine-Saint-Denis.
Aujourd'hui, face à l'intransigeance du gouvernement qui ignore les mobilisations des jeunes, des enseignants et des parents, c'est de la même
mobilisation dont nous avons besoin. L'avenir de nos jeunes de notre département dépend de notre capacité à créer les rapports de force nécessaire pour contraindre le gouvernement à renoncer à
ses projets impliquant dès la rentrée prochaine la baisse de la qualité de l'enseignement et de l'offre de formation. Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons gagner.
C'est pourquoi la FCPE, les parents d'élèves et les organisations syndicales de Seine-Saint-Denis s'adressent à tous pour débattre et construire la mobilisation la plus large lors d'un :
M E E T I N G :
« OPERATION VERITE sur le service public d'éducation en Seine Saint-Denis »
Bourse départementale du travail de Bobigny,
1 Place de la Libération – 93000 Bobigny,
Le vendredi 11 avril à 20 heures
Contact FCPE93 :
Michel HERVIEU, Président : 06 80 84 63 58 / CDPE FCPE93 (standard) : 01 41 60 81 10
Venez nombreux exprimer votre mécontentement !!!
Demain, il sera trop tard pour pleurer sur les classes et moyens disparus….
Depuis maintenant plusieurs semaines, lycéens, enseignants, parents, de toutes les villes du département contestent les mesures de restrictions annoncées pour la rentrée 2008/2009.
Le nombre d’établissements en grève, de manifestations, augmente de jours en jours.
Le Ministère lui reste sourd et minimise même, par la voix du recteur, la mobilisation de la communauté éducative et la catastrophe annoncée de la prochaine rentrée.
Mercredi 2 avril 2008, devant les syndicats d’enseignants du rectorat et les FCPE 93, 77 et 94, Monsieur le Recteur a confirmé les décisions annoncées pour la rentrée, soit :
870 postes supprimés sur l’Académie dont 370 en Seine-Saint-Denis rien quepour les collèges et lycées !!!
Diminution des heures attribuées aux établissements. La seule solution pour assurer les heures minimums dues aux élèves est maintenant de faire appel aux heures supplémentaires, alors que les remplacements de courtes durées ne sont déjà pas assurés (c’est pourtant la première demande de la FCPE).
Appel aux retraités de l’Education Nationale pour assurer des remplacements. (contrat vacataire de quelques heures, d’ailleurs insuffisants et sans suivi réel des élèves).
Appel à des vacataires en contrat précaire et pas obligatoirement bien formés, pour les remplacements de longues durées,
Dans le 1er degré, des seuils de 23 élèves en primaires et 25 en maternelles en ZEP et de 25 en primaire et 27 en maternelle hors Zep ne sont pas respectés. En fin d’année, L’Inspection d’Académie nous annonçait plus 2.300 élèves de plus en primaire pour la rentrée 2008, les chiffres sont maintenant de 200 !!! De qui se moque t’on ?
Les classes de lycées actuellement à plus de 35, avec les horaires donnés aux établissements qui ne permettront pas de reprendre tous les élèves redoublants l’année prochaine.
1.500 élèves qui se retrouvent chaque année en septembre :
soit sans affectation par manque de place,
soit obligés de prendre une orientation par défaut ne correspondant pas à leur projet. Là où l’Education Nationale devrait ouvrir plus de filières qualifiantes et porteuses, elle ferme des classes !!!!
Diminution des moyens pour les projets locaux dans les établissements qui permettaient d’aider les élèves les plus en difficulté.
La suppression de 2 heures par semaine aux élèves de primaire sous prétexte de supprimer le samedi matin.
Monsieur le Ministre, les élèves de Seine-Saint-Denis ont-ils un taux de réussite satisfaisants aux examens nationaux (-10 à -15%) pour leur donner moins d’école et diminuer les moyens
Le fait d’ailleurs que la Seine-Saint-Denis n’ait plus d’Inspecteur d’Académie depuis la fin décembre n’est pas anodin !!! Cela illustre bien l’intérêt que l’Etat montre à notre département.
Nous refusons que l’Etat gère à l’économie l’avenir de nos jeunes. Enseignants, personnels et parents sont aussi garants de cet avenir, c’est pourquoi :
La FCPE appelle tous les enseignants, les parents, les lycéens, les étudiants, les élus à une grande semaine de mobilisation du 7 au 12 avril 2008.
Michel Hervieu, Président : 06 80 84 63 58
Jean-Marc Minetto, Secrétaire Général, 06 08 22 26 19
CDPE FCPE 93 : 01 41 60 81 10
Interrogé en septembre dernier sur la semaine de quatre jours Xavier Darcos affirmait : «Ce qui est
certain, c’est que les écoliers français ont 936 heures de cours par an, contre une moyenne européenne inférieure à 800. Nos élèves travaillent trop.»
Le 28 janvier dernier, il déclarait que «l'allègement du volume horaire des élèves permettra ainsi à la France de se rapprocher de la moyenne européenne tout en dégageant un potentiel d'heures qui seront réutilisées pour apporter une aide individualisée en français et en mathématiques pour les élèves qui rencontreraient des difficultés dans l'apprentissage de ces disciplines (...). A cela s'ajouteront des stages de remise à niveau qui seront proposés aux élèves en difficulté pendant les congés scolaires. Ces stages d'une semaine se mettront en place dès les congés de printemps 2008 ainsi que pendant les grandes vacances et seront assurés par des enseignants volontaires payés en heures supplémentaires».
Doit-on comprendre que les enfants rencontrant des difficultés d'apprentissages ont quant à eux besoin de travailler plus (pour gagner plus ?). Ne faut-il pas s'interroger sur les effectifs trops chargés des classes qui empêchent souvent les enseignants de faire appel à des techniques pédagogiques plus personnalisées et de concevoir et d'appliquer de nouvelles méthodes pédagogiques ?
Ne faut-il pas s'interroger sur le déficit perpétuel des Rased chargés (en principe) d'aider régulièrement les enfants en difficulté sur le temps scolaire en dehors de leurs classes individuellement ou en petit groupe ? Ne faut-il pas s'interroger sur la relation évidente et étroite entre l'infrastructure du système scolaire et la qualité de l'enseignement ?
Souvenez-vous du nombre de remplaçants qui se sont succedés en début d'année 2006 sur une classe à double niveau : 7 ? 8 ? Souvenez-vous que l'Inspectrice de l'éducation nationale nous avait alors répondu que nous devions nous estimer heureux qu'elle ait assuré "la continuité du service public" !
Jusqu'à quand va-t-on supporter que l'avenir de nos enfants ne soit géré que sur une calculette ? Jusqu'à quand
va-t-on accepter que l'on nous manipule pour cautionner l'idée que les enseignants devraient - eux aussi - travailler plus pour gagner plus ? Jusqu'à quand va-t-on nous faire croire que la
morale à l'école est une panacée susceptible de résoudre les problèmes de discipline ?
Selon «Le club par l’École», association rassemblant d’anciens directeurs au ministère de l’Éducation nationale, qui ont servi sous des gouvernements issus de majorités différentes, l’annonce de
la suppression des classes du samedi matin à l’école primaire surprend et inquiète. (...)
Pourquoi ce pronostic pessimiste ? Tout simplement parce que les pressions pour la suppression pure et simple risquent d’être considérables, notamment de la part des organisations
syndicales. Les précédents vont d’ailleurs dans ce sens : en 1969, Edgar Faure supprime les classes du samedi après-midi, trois heures qui seront consacrées à la formation continue des
instituteurs – qui n’eut jamais lieu dans ce créneau horaire !
En 1991, on ôte une heure d’enseignement pour la destiner aux réunions des maîtres : aucun bilan sérieux n’en a été tiré ni ne permet d’affirmer qu’elle subsiste partout ! Cette baisse
continue des horaires des élèves est-elle sans incidence sur leurs résultats ? En moins de quarante ans, ce seront six heures hebdomadaires d’enseignement qui auront disparu (soit
216 heures par an), ce qui équivaut à supprimer l’équivalent d’une année scolaire du parcours d’un élève du primaire… au moment où le Haut Conseil de l’éducation s’inquiète des
mauvais résultats de nos écoliers : 15 % en grave difficulté à la fin de l’école primaire, au total 40 % sans le bagage nécessaire. Est-ce bien opportun de réduire à nouveau la durée du travail
des élèves ? Et n’est-ce pas justement ces élèves-là qui risquent de pâtir en premier du «moins de classe» ?
Il est en effet difficile de laisser croire qu’il est plus efficace d’enseigner hors du temps scolaire que pendant les heures de classe. Si la prise en charge des enfants en dehors du
temps réglementaire s’est heureusement développée à l’initiative des communes et des associations, elle ne saurait se substituer au travail de nos maîtres qualifiés. Par conséquent, la
vraie question est celle de l’utilisation des heures dégagées par la suppression du samedi matin. Quelles utilisations le ministre va-t-il imposer, dans l’intérêt des élèves ? Du soutien aux
élèves en difficultés ? D’après les récentes déclarations du ministre, c’est à juste titre la solution privilégiée à l’heure actuelle.
Mais, outre les grandes différences entre écoles sur ce point, on voit les difficultés quant à organiser du soutien le soir au terme d’une journée scolaire unanimement décrite comme déjà
longue.Il faut aussi craindre que dans de nombreux cas on ne trouve pas de «mauvais élèves» et les heures libérées seront donc définitivement perdues (...).
NOUVELOBS.COM | 09.02.2008 | 21:27
Le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos
(c) Reuters
Le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos a jugé dimanche 28 octobre qu'il fallait faire de l'école "un athlète et non plus un sumo",
souhaitant un recentrage des programmes en primaire pour se concentrer sur la maîtrise de la langue. Invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, il a par ailleurs confirmé la suppression des cours le
samedi dans les écoles primaires à la rentrée prochaine et au collège dès l'année suivante.
"Ce que nous voulons, c'est l'école primaire tout de suite et le collège le plus vite possible", c'est-à-dire à la rentrée 2009. S'il s'est défendu d'avoir un tel projet pour le lycée,
le ministre a jugé "souhaitable" pour les familles que la suppression des cours le samedi concerne l'ensemble du système scolaire. "Pour les familles, c'est ce qui est souhaitable", a-t-il
dit, jugeant que la mesure n'était "pas impossible à prendre au lycée".
Elèves en difficulté
"Les deux heures que nous avons libérées pour les élèves, les professeurs, eux, les ont toujours dans leurs obligations de service et les consacreront à ces élèves en plus grande
difficulté", a-t-il par ailleurs précisé. "Ces cours de rattrappage se feront dans l'organisation de la semaine qui sera de quatre jours ou quatre jours et demi", selon le ministre
qui a dit croire "plus pratique" la semaine de quatre jours.
En outre, pour les élèves en difficulté en fin de primaire "il faut qu'on puisse leur proposer un stage, des stages, pendant les vacances, pendant le début de l'été, pendant les vacances de
printemps pour les aider à se remettre à flot de sorte que lorsqu'ils rentreront en sixième, ils soient capables de profiter de l'enseignement du collège. Sinon, ce n'est pas la peine d'y
aller".
Lecture/écriture
Interrogé sur l'illettrisme en France, Xavier Darcos a annoncé qu'une étude internationale sur les capacités des enfants de neuf-dix ans en lecture et écriture, dont les résultats seront révélés
selon lui dans les prochaines semaines, montrait qu'"en 2006 encore nous avons perdu des places". "Aujourd'hui, sur 40 pays, nous sommes dans les six derniers. Même la Bulgarie est
devant nous", a-t-il déploré.
"Il faut que dans les objectifs de l'école primaire que nous centrions sur l'écriture, la lecture, le français. Sans maîtrise de la langue, nous ne ferons rien", a-t-il plaidé. "On se
disperse beaucoup, il faut qu'on se concentre. Il faut faire de l'école un athlète et non plus un sumo. Il faut renoncer à cette manie qu'a l'école de s'occuper un peu de tout". (AP)
«Véritable révolution culturelle», a dit le ministre de l’Education nationale, M. Darcos, en présentant son projet de programme pour l’école primaire. Formule justifiée, hélas, si l’on examine par exemple l’enseignement du déchiffrage. Désormais, celui-ci ne commencera plus à la grande école, au cours préparatoire, mais à 5 ans, dès la section des grands en maternelle.
Selon ce projet, les enfants devront être «capables de mettre en relation les sons et les lettres et de faire correspondre avec exactitude lettre et son, en particulier les voyelles a, e, i, o, u, é et les consonnes f, s, ch, v, z, j, p, t, c (= k), b, d, g (dur), l, m, n et r». Ainsi devront-ils savoir lire des phrases comme : Eric a vu Victor, le joli bébé de Madame Frigola. Il l’a lavé sur le lavabo. Il l’a séché sur le canapé… C’est-à-dire aussi bien que présentement en mars au CP. Brutale rupture avec une tradition qui remonte à Jules Ferry, mais aussi première mondiale ! «Pure folie», écrit Roland Goigoux, un des meilleurs spécialistes du domaine.
En 2006, M. Robien a signé un arrêté qui rappelait la nécessité d’enseigner les «relations entre lettres et sons dès le début du CP». Son successeur ne s’en satisfait pas. Voici qu’il en fait l’objectif de la maternelle à 5 ans, dès la rentrée 2008, sans expérimentation préalable. Comment M. Darcos peut-il croire que l’école sera ainsi plus efficace ? Certes, dans la plupart des maternelles, on trouvera un quart d’enfants pour entrer dans cet apprentissage précoce, le plus souvent des enfants nés en début d’année. Les enseignants les doteront de manuels et cahiers d’exercices semblables à ceux du CP. Mais que feront-ils pour les autres, qui ne seront pas prêts à faire un CP anticipé ? Quel temps pourront-ils leur consacrer s’ils s’investissent prioritairement auprès des élèves qui parviendront à suivre cet enseignement exigeant ? Il est malheureusement prévisible que l’inadaptation d’une telle pédagogie aux besoins des enfants de 5 ans engendrera difficultés et échecs, angoisses et phobies.
Quant aux activités préparatoires, amorcées jusque-là en grande section, elles sont avancées d’un an ! Et il est dit que
les enfants de 4 ans devront «prononcer correctement les voyelles et quelques consonnes : p, t, c (= k), f, s, ch, m, r (les erreurs systématiques et persistantes de prononciation
motiveront une orientation vers une consultation médicale)». Le plus grave est la méconnaissance que traduit la parenthèse : les auteurs ignorent que certains enfants achèvent
l’acquisition de l’articulation de divers «sons» vers 6 ans (les uns zozotent, d’autres ont encore du mal à prononcer les «ch» ou les «j», ou distinguent mal les voyelles «an» et
«on»…). On est curieux de connaître l’avis du ministère de la Santé. Accepte-t-il une explosion des consultations d’orthophonie (remboursées par la Sécurité sociale) ?
M. Darcos justifie cette révolution par les évaluations internationales et la baisse des résultats qu’elles révéleraient pour la France. Pourtant, ils nous situent au-dessus de la moyenne et la baisse par rapport aux précédentes évaluations est insignifiante. Mais précisons aussi que des chercheurs, dont la rigueur est incontestable, ont relativisé les interprétations qui en ont été données. Ainsi, Liliane Sprenger-Charolles (université René-Descartes) a relevé de sérieux biais (par exemple, dans l’échantillon, les élèves français ont 8 mois de moins que ceux des autres pays). Au point qu’il se pourrait que nos élèves soient en progrès !
On sait bien, en fait, qui a poussé à cette aventure, à ce véritable putsch pédagogique. Le ministre en a avalisé le plan en novembre 2007, lors d’un séminaire de militants des groupes «antipédagogistes» (SLECC, Grip, «Sauver les lettres», etc.), dont l’un des plus radicaux qualifiait récemment les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) de «chancre, tumeur dont il faut se débarrasser». La journée a été conclue en indiquant que «la grande section devra devenir un CP1». Nous y sommes. Dans les suites qu’il a données à la demande formulée par M. Sarkozy que chaque élève de CM2 porte la mémoire d’un enfant juif victime de la Shoah, M. Darcos a montré son sens des responsabilités. S’il prend en compte, ici aussi, l’intérêt des enfants, il doit s’abstenir d’imposer la révolution d’en haut que les «antipédagogistes» lui demandent de décréter. Il lui suffit de conserver les textes publiés en avril 2007 par M. Robien, qu’on ne peut pas soupçonner d’avoir voulu retarder l’enseignement du déchiffrage.
Mais cela ne réglerait pas tout. Ce volet est emblématique d’une réforme que Xavier Darcos s’apprête à parapher, enterrant au passage le «socle commun de connaissances et de compétences», voulu par François Fillon et promulgué il y a un an. Au point que deux anciens ministres, Jack Lang et Luc Ferry, ont joint leur plume pour dénoncer la méthode d’écriture de ce projet, dont l’Inspection générale a été exclue, et sa logique qu’ils qualifient de «populisme scolaire», et pour demander «qu’on ne sacrifie pas l’intérêt des enfants et des professeurs à des motifs de pure tactique politicienne». M. Darcos honorerait le métier d’enseignant qui est le sien et l’héritage de Jules Ferry dont il se revendique s’il entendait la demande que lui font professionnels, chercheurs et parents ainsi que ses deux anciens collègues : annoncer l’annulation pure et simple de ce projet et prendre le temps d’une concertation sérieuse pour dessiner les voies d’une école plus efficace.
Jack Lang et Luc Ferry frondent en commun contre Xavier Darcos
Dans une lettre ouverte, les deux anciens ministres de l’Éducation dénoncent vertement les nouveaux programmes du primaire présentés en février.
Pourquoi se contenter de taper fort lorsque l’on peut, en sus, taper au bon moment ? Luc Ferry et Jack Lang ont choisi l’entre-deux-tours des municipales pour donner une calotte à Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale et candidat en ballottage inconfortable dans sa ville de Périgueux. Les deux ex-ministres (1) publient dans le Nouvel Observateur de cette semaine une lettre qui n’y va pas avec le dos
de la réglette.
Ils ont de quoi être froissés. Jack Lang, alors ministre, et Luc Ferry, alors président du Conseil national des programmes, sont les instigateurs de ces programmes de 2002 que Xavier Darcos juge aujourd’hui trop denses, trop obscures, trop laxistes. Menteur ! rétorquent ses deux prédécesseurs. Xavier Darcos ment quand il affiche l’ambition de diviser par trois en cinq ans le nombre d’écoliers en échec, assènent-ils. « Même si (les nouveaux programmes) étaient infiniment supérieurs à ceux de 2002 - ce qui n’est pas le cas -, une telle affirmation relèverait de l’illusionnisme. »
Menteur aussi, lorsqu’il prétend accroître le niveau d’exigence. « On en rabat comme jamais sur le niveau visé (…). En fin CM2, on se contente désormais d’attendre d’un élève qu’il soit capable d’orthographier un texte simple de dix lignes (…) alors que les programmes de 2002 demandaient à ce qu’il sache rédiger un "récit" au moins deux fois plus long. » Menteur encore, quand il prétend augmenter les horaires de français. « Comment peut-il prétendre diminuer tout à la fois l’horaire hebdomadaire (2), augmenter les horaires de sport et de maths, créer une discipline nouvelle (histoire de l’art) et malgré cela, augmenter l’horaire en français ? »
Menteurs, enfin, lorsque Xavier Darcos dit agir en toute transparence. Le Conseil national des programmes et les groupes d’experts ont disparu, notent les pourfendeurs. L’inspection générale elle-même n’a pas eu son mot à dire dans l’affaire. « Est-il raisonnable de laisser de simples conseillers élaborer dans l’opacité des textes voués à régir l’école pour dix ans ? » Quid du débat qui aurait dû précéder, par exemple, la décision de réduire les temps consacrés à l’histoire ? s’interrogent Lang et Ferry.
Happé par sa campagne, Xavier Darcos n’a, pour l’heure, répondu que mollement à ses deux offenseurs, sur le mode : « C’est çui qu’il dit qui est. » Peut-être attend-il lundi matin pour leur jeter officiellement son gant ?
(1) Jack Lang fut ministre
du gouvernement Jospin, de 2000 à 2002. Luc Ferry fut ministre du gouvernement Raffarin, de 2002 à 2004.
(2) Il passe de vingt-six heures
à vingt-quatre heures en raison de la suppression des heures du samedi matin.
Marie-Noëlle Bertrand, l'Humanité, 14 mars 2008
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Le Monde du 12/03/08
Non aux nouveaux programmes de l'école primaire !
Deux anciens ministres de l'Education nationale, dans des gouvernements de droite et de gauche, lancent un appel à Xavier Darcos pour qu'il renonce au «populisme scolaire»
Par Luc Ferry et Jack Lang
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> D'aucuns seront sans doute fort surpris de trouver nos deux noms réunis au bas d'un même appel. En dépit de tout ce qui oppose nos choix politiques et philosophiques, nous avons pourtant les mêmes raisons de penser que les «nouveaux programmes de l'école primaire», rendus publics à la fin du mois de février, risquent de nuire gravement à la santé (déjà bien fragilisée) de notre système éducatif : l'avenir de nos enfants vaut bien une trêve dans nos querelles partisanes. Les parents ne doivent pas être abusés par les promesses d'un «retour aux fondamentaux» et d'une exigence accrue, auxquelles nous adhérons tous : car, sous ces slogans séduisants mais vagues, c'est exactement l'inverse que le ministère de l'Education nationale nous propose aujourd'hui.
> On nous annonce des programmes «plus ambitieux», mais, sur l'essentiel, notamment la lecture, l'écriture, l'expression orale, on en rabat comme jamais sur le niveau visé. En fin de CM2, on se contente désormais d'attendre d'un élève qu'il soit capable d'«orthographier un texte simple de dix lignes lors de sa rédaction ou de sa dictée» alors que les programmes de 2002 demandaient qu'il sache rédiger un «récit» au moins deux fois plus long, mais aussi «noter des informations», «rédiger une courte synthèse» des leçons, en respectant, outre les règles d'orthographe et de syntaxe, des critères de clarté et de cohérence du propos. Soyons clairs : savoir tout juste écrire dix lignes sous la dictée ne suffit pas pour suivre une classe de 6e ! Plus grave encore, si possible : malgré les affirmations qui figurent dans la présentation des programmes, les horaires de français ne sont nullement augmentés, mais considérablement réduits par rapport à ceux de 2002 ! En 2002, le programme de français comportait obligatoirement et au minimum deux heures de lecture et d'écriture quotidiennes, auxquelles s'ajoutait le temps consacré à l'expression orale et à l'étude de la langue (grammaire, conjugaison, vocabulaire) . Soit treize heures. Il n'en reste plus que dix aujourd'hui ! Du reste, comment Xavier Darcos peut-il prétendre sans sourciller diminuer tout à la fois l'horaire hebdomadaire global (qui passe de 26 à 24 heures en raison de la suppression des heures du samedi matin), augmenter les horaires de sport et de maths, créer une discipline nouvelle (l'histoire de l'art) et, malgré cela, augmenter l'horaire de français ? Disons-le posément mais fermement : il s'agit d'un mensonge !
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> Paresse intellectuelle
> Sur bien d'autres sujets encore, les épaisses ficelles de la com en arrivent à éclipser totalement le fond des problèmes. Pour satisfaire à la démagogie ambiante, on affirme sans vergogne que «programmes courts = programmes centrés sur les fondamentaux», alors qu'il suffit de réfléchir trois minutes pour comprendre qu'à l'évidence c'est l'inverse qui est vrai : plus les programmes sont courts dans le texte officiel, plus ils sont lourds dans la classe. Si vous mettez «la Révolution française» sans autre précision au programme, il est, au sens propre, sans limite. Un bon programme, c'est d'abord un programme qui a le courage de faire des choix et de les expliciter, ce qui suppose un peu d'espace. La première condition de l'efficacité des apprentissages, c'est leur continuité, leur cohérence, d'un jour à l'autre, d'une classe à l'autre, d'un maître à l'autre. Et cela suppose un cadre commun suffisamment clair, qui ne prête pas à une infinité d'interprétations. Le contraire même de ce que l'on découvre ici, dans un texte qui expédie l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au CP et au CEI en 15 lignes ! Et quelles lignes ! Jugez vous-mêmes : «Dès le cours préparatoire les élèves s'entraînent à déchiffrer et à écrire seuls les mots déjà connus. Cet entraînement conduit progressivement l'élève à lire de manière plus aisée et plus rapide.» C'est tout pour le CP ! Les nouveaux programmes se vantent avec arrogance d'avoir renoncé à expliciter et à choisir, de sorte que la paresse intellectuelle et le manque de courage se parent ici des dehors du gros bons sens pour lâcher la bride à toutes les lubies pédagogiques. Ce n'est pas non plus parce qu'on ajoute le mot «morale» pour bien donner le sentiment, pas même véridique, d'un «retour à» que l'on améliore en quoi que ce soit le contenu des enseignements. Pis encore, le programme de sciences a été littéralement laminé pour faire place à de bien vagues notions d'écologie...
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> Vide abyssal
> Nous avions ensemble, l'un comme ministre, l'autre comme président du Conseil national des Programmes, piloté le vaste chantier de refonte des programmes de l'école primaire entre 2000 et 2002. Que ce travail puisse et doive être amélioré, nous sommes les premiers à en convenir. Mais qu'on le liquide purement et simplement pour le remplacer par un vide abyssal est proprement consternant. Malgré nos divergences de fond sur d'autres sujets, nous nous étions accordés sur l'idée que l'élaboration des programmes devait être désormais transparente et publique. C'est dans cette perspective que le soin de réfléchir aux contenus d'enseignement fut confié à un groupe de personnalités reconnues, présidé par Philippe Joutard, historien et ancien recteur estimé de tous. Nous voulions ensuite que ces programmes fussent réellement utiles, non seulement aux instituteurs chargés de les mettre en oeuvre, mais aussi - c'est peut-être leur principale fonction - aux auteurs de manuels scolaires pour lesquels ils constituent le cahier des charges. Jusqu'alors, les programmes de l'école se contentaient, comme celui qu'on nous propose à nouveau aujourd'hui, d'être un catalogue de voeux pieux, du genre : «Au CM2 l'enfant maîtrise les principales règles de l'expression écrite, il sait se comporter avec respect avec autrui...», et autres déclarations aussi péremptoires qu'inopérantes. A la place de ces injonctions creuses, nous souhaitions indiquer enfin des progressions concrètes, autant que possible précieuses pour les maîtres débutants, et rassurantes, car stables, pour les plus chevronnés. Disons-le franchement, c'était une petite révolution par rapport à la langue de bois «éducnat» jusqu'alors en vigueur. Tous deux préoccupés par la montée de l'illettrisme, nous étions soucieux que, par-delà la pluralité des méthodes de lecture (il y a des centaines de manuels différents sur le marché de l'édition scolaire !), les programmes fixent enfin un cadre commun, solide et intelligible par tous. Le groupe de Joutard avait fait sur ce point un travail réellement remarquable et innovant. Ce sont tous ces efforts qui risquent d'être anéantis aujourd'hui.
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> Imposture
> Entre autres choix forts, nous avions limité volontairement le programme de grammaire à l'essentiel : en gros, les marques du pluriel («s» et «ent»), la conjugaison, les règles les plus utiles de l'orthographe, le bon usage des «mots de liaison» et quelques autres éléments de bon sens. En contrepartie de cet authentique travail de «réduction aux fondamentaux», nous avions imposé explicitement un temps quotidien incompressible de lecture et d'écriture de deux heures trente par jour aux CP et CE1 et de deux heures par jour du CE2 au CM2, parce que des enquêtes précises de l'inspection montraient que ce temps pouvait varier de 1 à 4 selon l'enseignant ! C'était là une décision aussi inédite que cruciale. Notre conviction était que seule la pratique assidue de l'écriture et de la lecture permet aux enfants de maîtriser la langue, les exercices abstraits d'analyse grammaticale devant être réservés au collège. Les nouveaux programmes menacent de détruire ces apports bénéfiques. La vérité est qu'ils s'en moquent parce que leur seule véritable visée est un affichage politique qui relève d'une catégorie relativement nouvelle : celle du «populisme scolaire», dont on pourra se faire une première idée au travers des quelques exemples que nous avons évoqués et de ceux qui vont suivre.
> Comment croire, notamment, comme le prétend sans rire le dossier de presse présentant les nouveaux textes, qu'une réforme des programmes et des horaires, quelle qu'elle soit, puisse, à elle seule, permettre de «diviser par trois en cinq ans le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés» ? Même s'ils étaient sublimes, infiniment supérieurs à ceux de 2002 - ce qui est tout l'inverse -, une telle affirmation relèverait de l'illusionnisme. Il n'est pas un spécialiste du système scolaire pour y croire une seconde tant il est évident que l'échec scolaire relève de bien d'autres paramètres. Un bon programme n'est jamais la condition suffisante du succès : au mieux, et c'est déjà beaucoup, il favorise la réussite du plus grand nombre, quand un mauvais le handicape sévèrement. En revanche, l'opération politicienne est transparente : elle consiste à faire croire à un public ignorant des textes en vigueur, mais qu'une sourde angoisse associée au sentiment diffus que «tout fout le camp» prédispose à avaler la couleuvre, que les programmes élaborés en 2002 étaient «modernistes», écrits dans un jargon incompréhensible, bref, «soixante-huitards» (ce qui pour l'un d'entre nous au moins est un comble !), et qu'il est temps de restaurer les bonnes vieilles recettes du temps de nos aïeux. Succès garanti dans les chaumières. Si c'était vrai, nous signerions peut-être des deux mains (encore que l'idéalisation du passé ne soit jamais un guide sûr), mais c'est en l'occurrence une imposture. On laisse entendre, par exemple, que les actuels programmes d'histoire sont non chronologiques ou qu'ils ne comportent aucune référence aux personnages et aux événements concrets, que la grammaire à l'ancienne, comme on dit des confitures, n'est plus enseignée, qu'on ne fait plus de dictées, de rédactions ni de récitations, etc., mais tout cela est faux, archifaux. Cela fait belle lurette - depuis Chevènement, à vrai dire que l'enseignement de l'histoire est redevenu chronologique et, dans nos documents d'application de 2002, on trouve toutes les références précises aux dates, événements et personnages principaux.
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> Reniement
> On dit encore, comme l'a fait d'ailleurs à juste titre le président de la République, que c'est désormais la nation tout entière qui doit s'intéresser aux contenus d'enseignement et qu'il ne faut plus les réserver à d'obscurs experts au jargon digne des médecins de Molière. Mais de nouveau la réalité est en contradiction radicale avec l'affichage démagogique. S'agissant des nouveaux programmes, nul ne parvient à savoir, pas même les anciens ministres de l'Education que nous sommes, comment et par qui ils ont été rédigés ! Et pour cause. Les groupes d'experts, présidés et composés par des personnalités identifiables et reconnues, ont disparu. Le Conseil national des Programmes a été supprimé, et l'Inspection générale elle-même n'a pas été saisie du dossier ! Est-il raisonnable de laisser de simples conseillers du ministère ou de l'Elysée élaborer dans l'opacité la plus totale des textes voués à régir l'école de la nation pour dix ans au moins et qui concernent des millions de familles et de citoyens ? Prenons un exemple tout à fait concret : dans les nouveaux programmes, décision a été prise sans aucune concertation de diminuer environ par trois le temps consacré à l'enseignement de l'histoire et de la géographie afin de faire plus de place au sport et aux mathématiques : ce choix lourd de menaces ne peut-il être discuté publiquement ? Tous les démocrates ne peuvent que rejeter cette méthode aberrante.
> En 2004, Xavier Darcos, alors ministre délégué à l'Enseignement scolaire, publiait avec l'un d'entre nous les programmes élaborés sous l'égide de Jack Lang : belle preuve d'ouverture d'esprit et de continuité. Dans la préface, signée Ferry-Darcos, nous faisions l'éloge de ce travail et nous lui donnions notre imprimatur. Pourquoi ce reniement aujourd'hui sinon pour des motifs de pure communication, parce que le «look réac» plaît, hors de toute réflexion, à un certain électorat. S'il suffisait d'être réactionnaire pour être génial, cela se saurait. Nous en appelons donc à l'honnêteté de Xavier Darcos et à son sens des responsabilités : il faut cesser de bouleverser sans cesse élèves, parents et professeurs à chaque changement de gouvernement ! Il faut au contraire préserver ce qui a été fait de bon par le passé, quelle qu'ait été la majorité de l'époque. Les professeurs ont plus qu'assez de ces changements aussi incessants qu'inutiles. S'il y a quelques points à modifier, qu'on les modifie en conservant l'essentiel, mais qu'on ne sacrifie pas l'intérêt des enfants et des professeurs à des motifs de pure tactique politicienne.
>
> Luc Ferry, Philosophe et auteur de nombreux ouvrages, Luc Ferry a été ministre de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche, de 2002 à 2004, du gouvernement Raffarin.
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> Jack Lang, Député socialiste du Pas-de-Calais, ancien ministre de la Culture, Jack Lang a été ministre de l'Education nationale, de 1992 à 1993, du gouvernement Bérégovoy et, de 2000 à 2002, du gouvernement Jospin.
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Argumentaire commun aux 19 organisations - Programme du primaire |
Le 28 février dernier, 19 organisations se réunissent et décident d’écrire un texte commun sur le projet de programme du primaire. Le travail commun d’explicitation a continué et nous vous présentons un argumentaire qui s’adresse à tous ceux qui se réuniront pour donner leur avis sur le projet de programme.
Consultation : les dés sont-ils pipés ?
Les nouveaux programmes ont été présentés dans le BO du 20 février 2008. Le 28 février, le ministère écrivait aux recteurs et inspecteurs d’Académie afin d’organiser une demi-journée libérée de consultation dans les écoles avant le 29 mars, les synthèses devant aboutir au ministère avant le 5 avril ! Au mois de septembre 2007, le ministre avait produit une note d’orientation annonçant une réforme sans préciser le calendrier. La durée de la concertation - obligatoire selon la loi - est finalement bien courte ! Deux innovations méritent d’être soulignées :
Une consultation parallèle ouverte sur le site du ministère sur la réforme des programmes, dont la gestion est confiée à la société OpinionWay. Chacun peut écrire ce qu’il veut plusieurs fois et ne peut ni vérifier ni valider les choix faits. Quelle utilisation en sera faite ?
Une organisation systématique du questionnement des enseignants des écoles
Des questions ouvertes difficilement synthétisables dans un délai court (« Avez-vous des remarques ou suggestions ? »)
Des questions ciblées sur la « clarté des projets de programmes » ou la « précision des projets de progression ». Mais il n’y a aucune question sur la cohérence des
programmes, la pertinence des notions, les modalités d’évaluation. Et ce n’est pas parce qu’une notion est claire ou précise que le sens en est forcément compris par tous, y compris les
parents...
La confusion des représentations entre découpage disciplinaire et catégories du socle commun n’aide pas à la réponse.
Bref, un texte dont la rédaction est largement aboutie, sans que le ministère dise avec qui il a été écrit, mais dont il faudra bien discuter dans chaque école pour savoir comment le mettre en œuvre...
24 heures chrono !
On alourdit les programmes, on relève le niveau d’exigences et on diminue le temps d’enseignement, telle semble être la philosophie de ce projet
de programmes. En français et en maths, les connaissances visées en fin de cycle 3 sont semblables à celle attendues en fin de classe de 5ème. Et pour couronner le tout, on ajoute de nouvelles
matières, l’éducation au développement durable, l’histoire de l’art, on apprend une LVE dès le CP et on renforce l’horaire d’EPS. Bref, on garde tout, on compartimente, on morcelle en disciplines
et sous-disciplines et on diminue le temps pour faire ce travail. Entre les dix heures de français, les cinq heures de mathématiques, les quatre heures de sport et l’heure et demie de langue
vivante, que restera-t-il à la « culture humaniste » ? Aux sciences ? A l’éducation artistique ?
3h30 en cycle 2 (contre 6 heures auparavant) et 5h30 au cycle 3 (contre 9h30 auparavant). Ne cherchez pas ces informations dans une quelconque grille horaire, le ministère n’a pas jugé utile d’en
publier une, ou peut-être n’a-t-il pas