A propos de la lettre de 32 pages adressée par Nicolas Sarkozi aux éducateurs

Publié le par Délégués 2006-2007

LA LETTRE DE SARKOZY AUX EDUCATEURS

Les réactions

 


LA LETTRE DE SARKOZY AUX EDUCATEURS

Les réactions

NOUVELOBS.COM | 05.09.2007 | 15:44

 

Voici les principales réactions après la lecture, mardi 4 septembre, par le président Nicolas Sarkozy, d'une lettre destinée à tous les éducateurs de France.

Le Sgen-CFDT : "A trop vouloir marier les contraires, à trop vouloir donner des gages à des points de vue radicalement différents, à rester prisonnier d'une logique comptable et budgétaire pré-établie, la lettre du président de la République apparaît pour ce qu'elle est : une pure opération de communication".
"Les enseignants retiendront (...) que des projets dangereux voient le jour", comme les "examens d'entrée en 6ème et en 2nde" ou encore le "renforcement de la mise sous tutelle des allocations familiales" notamment en cas d'absentéisme de l'élève.
Ils retiendront également "que des annonces négatives sont reprises" comme "la suppression de la carte scolaire", la "diminution du nombre d'enseignants", ou encore "la possibilité pour les enseignants de travailler plus, alors que le métier est déjà trop souvent difficile". "Où est l'ambition pour le service public d'éducation ?"
"Le président cadre déjà de façon précise les discussions sur le métier enseignant: où est le dialogue social ?" (Communiqué, mardi 4 septembre)

La FCPE, principale fédération de parents d'élèves: La lettre du président "contient de nombreux principes auxquels la FCPE est attachée, comme la laïcité, la priorité donnée à la maternelle ou la nécessité de donner du sens aux apprentissages et de privilégier les méthodes pédagogiques actives, diversifiées et ouvertes sur le monde".
La FCPE "s'inquiète des propos (...) sur la réforme du collège unique (créé en 1975 pour que tous les enfants bénéficient des mêmes contenus, ndlr), la disparition de la sectorisation (la carte scolaire, ndlr) et sur la nécessité pour l'élève de faire ses preuves pour pouvoir entrer en sixième puis en seconde".
"La FCPE est également opposée à la mesure consistant à mettre sous tutelle les aides aux familles en cas d'absentéisme des enfants", car elle "ne fait que renforcer les difficultés des familles et les priver de toute possibilité de s'en sortir".
La FCPE "s'interroge enfin sur la possibilité de concilier les injonctions pédagogiques du président sur l'interdisciplinarité et les méthodes actives avec son fervent rappel de la liberté pédagogique absolue des enseignants". (Communiqué, mardi 4 septembre)

L'UNSA-Education : Le secrétaire général Patrick Gonthier critique "un discours qui, pour nous, est émaillé de contradictions car il fixe des objectifs et des principes qui paraissent déconnectés de ce qui s'est fait avant". "Rien sur le collège, rien sur le socle commun de connaissances", égraine-t-il. "Et en cette rentrée, le président va paraître déconnecté de la réalité vécue par les enseignants qui ont plus à faire avec des suppressions de postes qu'avec des idées générales que, faute de moyens, ils ne peuvent mettre en oeuvre" L'Unsa-Education s'est par ailleurs réjouie que "pour la première fois un président s'adresse au monde de l'éducation".. (Déclaration, mardi 4 septembre)

La FSU : "On a un texte assez brillant dans la forme, qui tente de trouver un équilibre sur les objectifs de l'école et se démarque de positions rétrogrades", a déclaré le secrétaire général Gérard Aschieri. "Mais ce discours néglige totalement les disparités sociales et territoriales. Et quand on regarde de près, on a une culture de l'éducation très pauvre. On parle de sport au lieu de parler d'éducation physique et sportive. Rien sur l'enseignement professionnel. Aucune perspective d'améliorer les pratiques et la formation. Pas un mot sur la formation des maîtres, la recherche". Selon Gérard Aschieri, "on a donc quelque chose de brillant, qui peut faire illusion, mais on n'y retrouve pas les préoccupations fondamentales d'aujourd'hui. Et puis il y a toujours ce postulat qu'on peut faire mieux avec moins, et cette thématique classique consistant à demander d'échanger une dégradation des conditions de travail et de réussite des élèves contre une revalorisation". (Déclaration à l'Associated Press, mardi 4 septembre)

Le Snalc-CSEN "dit 'chiche' à la réforme et même à l'abrogation du collège unique". "Dénonçant depuis longtemps la politique de laxisme et d'égalitarisme niveleur concrétisée par le dogme de 'l'élève au centre du système d'éducation' et par le slogan des 80% d'une classe d'âge au baccalauréat, le Snalc dit 'chiche' aux propositions de rupture formulées par l'Elysée", ajoute-t-il.
Il dit également 'chiche' à 'l'école du respect'. Il propose que les pratiques laxistes issues de l'esprit soixante-huitard et des habitudes administratives soient abandonnées et que les pouvoirs des chefs d'établissement en matière de discipline soient renforcés".
Il dit encore "'chiche' à l'abandon du passage automatique de l'école élémentaire au collège et du collège au lycée".
Enfin il "répond 'chiche' face à la nécessité des économies budgétaires". (Communiqué, mardi 4 septembre)


 

Ce n'est pas une "lettre", comme l'avait annoncé François Fillon, que Nicolas Sarkozy va adresser aux enseignants. C'est un manifeste de 32 pages que le chef de l'Etat leur consacre, sous le titre "Lettre aux éducateurs". La présentation est sobre, le style élégant, le propos humaniste. Non sans lyrisme, M. Sarkozy demande "une nouvelle Renaissance, qui n'adviendra que grâce à l'éducation".

Rédigé par le conseiller spécial de M. Sarkozy, Henri Guaino, et présenté au ministre de l'éducation, Xavier Darcos, qui a "fait quelques remarques" et y a trouvé "quelque chose de très républicain et de très fondateur…", ce texte devait être lu devant un public d'enseignants à Blois (Loir-et-Cher), mardi 4 septembre. Il sera adressé à quelque 850 000 enseignants, nommément et à domicile, pour un coût qui devrait avoisiner 500 000 euros.

C'est la première fois qu'un président de la République s'adresse ainsi directement aux enseignants. L'Elysée dit s'inspirer de la circulaire adressée aux instituteurs par Jules Ferry en 1883. Le début de ce texte a été cité dans presque tous les discours de campagne du candidat Sarkozy : "Monsieur l'instituteur…", commençait-il, avant d'ajouter avec emphase : "Monsieur… Déjà on sent que l'on est dans une civilisation."

La tonalité de la "Lettre aux éducateurs" est pourtant différente. Les accents de tribune, stigmatisant l'adversaire et l'héritage de Mai 68, ont cédé la place à un discours ciselé pour séduire les enseignants. On y retrouve les thèmes chers au candidat : autorité, respect, transmission du savoir et des valeurs, condamnation du relativisme culturel.

Pour Xavier Darcos, cette lettre présente l'avantage de subordonner la question des moyens à celle du contenu. "Il s'adresse aussi bien au professeur débutant qui achèvera sa carrière à l'horizon 2047 qu'aux jeunes élèves qui mourront à la fin du siècle."

LES MISSIONS DE L'ÉCOLE

"Eduquer, énonce M. Sarkozy dans sa "Lettre aux éducateurs", c'est chercher à concilier deux mouvements contraires : celui qui porte à aider chaque enfant à trouver sa propre voie et qui pousse à lui inculquer ce que soi-même on croit juste, beau, et vrai." "Longtemps, estime-t-il, l'éducation a négligé la personnalité de l'enfant", car le savoir "était placé au-dessus de tout".

Cette éducation "avait sa grandeur", mais beaucoup d'enfants "en souffraient". "Par une sorte de réaction", au départ "salutaire", on est "tombé dans un excès contraire" : "On ne s'est plus assez appliqué à transmettre." "Il serait vain pourtant, de chercher à ressusciter un âge d'or de l'éducation, de la culture, du savoir qui n'a jamais existé", assure-t-il.

"Donner le maximum à chacun au lieu de se contenter de donner le minimum à tous. Voilà comment je souhaite que nous prenions désormais le problème de l'éducation", résume-t-il.

"A nous, conclut solennellement le chef de l'Etat, de reprendre le fil qui court depuis l'humanisme de la Renaissance jusqu'à l'école de Jules Ferry, en passant par le projet des Lumières. Le temps de la refondation est venu (…). Nous la conduirons ensemble. Nous avons déjà trop tardé."

LES VALEURS

M. Sarkozy reprend ses thèmes habituels sur "l'école du respect" où "les élèves se lèvent lorsque le professeur entre". Abordant la question de la "transmission de l'identité nationale", il évite toute embardée polémique en constatant que "c'est l'école qui en est le creuset".

"Nos enfants, remarque-t-il, ne seront jamais des citoyens du monde si nous ne sommes pas capables d'en faire des citoyens français et des citoyens européens."

LE MÉTIER D'ÉDUCATEUR

"Nous sommes tous des éducateurs", affirme M. Sarkozy, définissant l'éducateur comme celui qui "s'efforce de donner à chacun le maximum d'instruction qu'il peut recevoir en poussant chez lui le plus loin possible son goût d'apprendre, sa curiosité, son ouverture d'esprit, son sens de l'effort".

"L'estime de soi, ajoute-t-il, doit être le principal ressort de cette éducation", en excluant toute forme de "renoncement" comme de "démagogie".

Aux enseignants, dont le "merveilleux métier" est "devenu difficile et parfois ingrat depuis que la violence est entrée dans l'école", M. Sarkozy assure que la nation "doit une reconnaissance plus grande, de meilleures perspectives de carrière, un meilleur niveau de vie, de meilleures conditions de travail".

La revalorisation de leur métier "est l'une des priorités de mon quinquennat", répète-t-il. Le chef de l'Etat aborde d'autres points de son programme comme le libre choix par les enseignants de la pédagogie qui leur semble la mieux adaptée et la "plus grande autonomie" donnée à des établissements scolaires dans lesquels il y aura "moins d'heures de cours", confirme-t-il, du fait que "les moyens seront mieux employés".

LES PROGRAMMES

M. Sarkozy juge aussi que "notre éducation doit devenir moins passive", qu'elle doit faire une plus grande place "à l'observation, à l'expérimentation, à la représentation, à l'application", cesser "d'opposer ce qui est manuel à ce qui est intellectuel", ou bien le corps à l'esprit.

"Ce qu'il nous faut retrouver, c'est la cohérence du projet éducatif, qui passe par la remise à plat des rythmes et des programmes scolaires." C'est pourquoi "il nous faut élever progressivement le niveau d'exigence à l'école primaire, puis au collège et au lycée".

LA CULTURE GÉNÉRALE

Voulant "remettre la culture générale au cœur de notre ambition éducative", M. Sarkozy insiste sur la nécessité de "structurer" ce savoir. Il ajoute que "l'interdisciplinarité doit trouver sa place très tôt dans notre enseignement parce que l'avenir est au métissage des savoirs, des cultures, des points de vue", et souhaite que les élèves "apprennent obligatoirement au moins deux langues en plus du français".

S'élevant contre "une spécialisation souvent excessive et trop précoce", M. Sarkozy condamne l'idée "absurde" selon laquelle "celui qui se destinerait aux sciences n'aurait rien à faire de la poésie" ou "celui qui est né dans l'un de ces quartiers difficiles (…) n'aurait pas besoin d'être confronté aux grandes œuvres de l'esprit humain".

"Nos enfants, estime-t-il, ont besoin de plus d'humanisme et de plus de science. Sur ces deux terrains, nous avons trop cédé", et il faut maintenant "nous battre sur les deux fronts".

 

Luc Cédelle et Philippe Ridet

 



 

Publicité

Publié dans fcpesevigne

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article