Inquiétudes quant au devenir des RASED
A la rentrée, les écoles décideront de l’utilisation des deux heures destinées aux élèves en difficulté.
A la rentrée de septembre 2008, chaque école pourra utiliser comme elle l’entend les deux heures dégagées pour les élèves en difficultés du fait de la suppression du samedi matin à l’école primaire.
L’organisation collective du temps scolaire dégagée sera mise en œuvre par le conseil des maîtres et sera intégrée dans le projet d’école, validée par l’inspecteur.
Ainsi, les deux heures hebdomadaires supprimées ne le seront pas pour les professeurs des écoles qui devront organiser du soutien scolaire pour les 15% d’élèves les plus en difficulté et conserveront la troisième heure pour la concertation.
Depuis son annonce au mois de décembre dernier, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale a multiplié les rencontres avec les syndicats, mais n’a toujours pas réussi à trouver le consensus. Le Snuipp-FSU, principal syndicat des enseignants du 1er degré a préféré lancer une grande consultation nationale. Les 10.000 premières réponses dépouillées de la consultation « Donnez votre avis » montrent que les enseignants veulent du temps pour mieux travailler en équipe.
L’école en décalage avec la vie des familles ?
« Cette annonce vient avec le constat que l’école le samedi matin est en décalage avec la vie des familles », avance Christophe Doré. Selon le secrétaire départemental du Snuipp si la mesure correspond à une demande sociale, elle n’a que très peu d’intérêt d’un point de vue pédagogique.
Un grand nombre d’enseignants restent encore attachés au travail en classe le samedi matin. « Même ceux qui sont favorables à la suppression du samedi matin, vont regretter ce temps qui nous permettait de mener un travail spécifique. Un jour, qui n’était comparable avec aucun autre », affirme Danielle Colombo.
Dans la classe de CM2 de cette enseignante, le samedi matin est généralement un temps calme. Le rythme est différent. Tout le monde est plus détendu et c’est ce moment là que l’enseignante a choisi pour travailler sur des notions à approfondir. « C’est une période idéale pour la géométrie, pour faire des choses qui réclament de la concentration. En général le travail est mieux réussi. »
DEUX SYNDICATS SIGNENT UN ACCORD
Les syndicats SE-Unsa et Sgen-CFDT, respectivement 2e et 3e en primaire, ont signé le 6 février dernier avec le ministère de l'Education un accord sur le travail des enseignants durant les deux heures du samedi matin libérées pour les élèves.
Le syndicat majoritaire, le SNUipp-FSU, a préféré « consulter les professeurs des écoles dans les quinze jours qui viennent », avant de se prononcer sur un texte qui, « laisse en suspens pas mal de questions ».
Le « relevé de conclusions » signé, il y a une dizaine de jours organise la répartition des deux heures libérées pour les enseignants par la suppression du samedi matin. Ces deux heures sont en principe consacrées à l'aide aux élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages, et s'ajoutent aux 24 heures d'enseignement hebdomadaires.
Les enseignants consacreront ainsi en tout 48 heures annuelles au travail en équipe, aux relations avec les parents, au suivi des élèves handicapés, à la formation et aux conseils d'école.
Là, où les élèves n'ont pas besoin de soutien à proprement parler, comme en maternelle, ces heures s'effectueront en petits groupes et là où la difficulté scolaire ne mobiliserait pas tous les enseignants, ces heures serviront à « renforcer le temps de formation hors de la présence des élèves », précise le texte.
« Le nombre d'élèves concernés varie énormément d'une école à l'autre, on va avoir des situations inégalitaires, par exemple en ZEP où il faudra utiliser toutes les heures pour le travail avec les élèves alors que c'est là qu'il faut le plus de travail en équipe », insiste le SNUIPP.
Dans un communiqué, le SE-Unsa a estimé que sa signature illustrait « sa conception d'un syndicalisme utile, capable de s'opposer et de proposer, obtenant du concret pour les personnels, quand d'autres campent sur des postures ».
Cette enseignante qui consacre cette matinée à un travail de remédiation s’inquiète de la disparition de ces trois heures d’enseignement. « On n’arrive déjà pas à finir les programmes », assure Danielle Colombo prise sous le poids de nouvelles matières comme l’informatique ou les arts et l’économie.
La suppression du samedi matin est un sujet que les professeurs des écoles ne veulent pas prendre à la légère, pas plus que les parents d’élèves qui réclament la plus grande vigilance. La principale fédération de parents d’élèves, la FCPE a manifesté son désir de voir se mettre en place une semaine équilibrée. L’organisation des parents d’élèves refuse l’idée d’une baisse du nombre d’heures d’enseignement.
Le débat est loin d’être clos, parce que le sujet renvoie aussi à la question du rythme biologique de l’enfant et ne rassure pas les chronobiologistes qui ne voient pas d’un très bon œil la généralisation de la semaine de quatre jours.
Pour le Snuipp, dans un contexte budgétaire de réduction de postes, la mesure risque d’entraîner de fortes inégalités entre écoles. Cela pourrait signifier aussi l’arrêt de mort du soutien scolaire traditionnel. Le dispositif RASED qui faisait intervenir médecins, psychologues, enseignants spécialisés pourrait à terme être menacé.
catherine walgenwitz - La Marseillaise
Lettre envoyée le 18 février 2008 au ministre de l’Education nationale et signée conjointement par le SNUipp-FSU, le SGEN-CFDT et le SE-UNSA. Elle concerne le devenir des RASED.Monsieur le Ministre,
Ces derniers mois, la question de la difficulté scolaire a été présentée comme une préoccupation importante par vous-même et vos services. Nous ne pouvons que partager cet intérêt.
Cependant, associées au contexte budgétaire, des informations diverses et peu vérifiées créent une forte vague d’inquiétude quant au devenir des RASED parmi les collègues qui exercent dans ces structures et plus largement dans l’ensemble de la profession. Pêle-mêle sont évoquées la révision des missions des enseignants des RASED, des fusions de spécialités, l’orientation des départs en stage CAPA-SH « option E » au détriment de l’option « G », des réorganisations, des restrictions budgétaires, voire la suppression pure et simple des RASED.
A ce jour, aucun projet de texte, aucun calendrier de discussion n’ont été soumis aux organisations syndicales. Dans la situation présente, le silence de votre ministère finit par prendre valeur d’information en lui-même. Cela nous conduit à vous interpeller sur le caractère très déstabilisant du climat dans lequel se trouvent actuellement nos collègues.
La difficulté scolaire trouve ses racines dans de multiples situations d’inégalités sociales économiques et culturelles souvent liées entre elles. Les différents dispositifs qui visent à surmonter cette difficulté doivent être mis en oeuvre dans la cohérence et la durée. C’est particulièrement vrai pour l’action spécifique des RASED.
Dans ce contexte, si des évolutions devaient être envisagées sans avoir fait l’objet de débat avec les acteurs du dispositif dans la plus grande clarté et sans anticipation suffisante, le risque serait grand que les dégâts soient tout à fait importants pour l’investissement des équipes, des familles et de l’ensemble du système éducatif. Parce qu’il est particulièrement difficile de mener ce travail avec le sentiment croissant d’une menace d’autant plus insistante qu’elle n’est pas démentie, nous vous demandons instamment de nous préciser vos projets en la matière.
Dans le cadre actuel, l’application des textes réglementaires demeure. Le recrutement des personnels se destinant aux stages de spécialisation doit se faire en fonction des postes vacants, des besoins des départements et dans le respect des missions des différents dispositifs d’aides aux élèves en difficultés.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux.